les repasseuses

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vendredi 18 septembre 2015

l'objet du jour : albarello en faience polychrome, Espagne XVIIème siècle.

L'albarello, ou plus communément appelé pot à pharmacie, était alors la forme la plus répandue de ce contenant. Vase en majolique, souvent de forme cylindrique, il était conçu à l'origine pour contenir épices et confitures puis servit à conserver drogues solides, onguents et plantes médicinales séchées des apothicaires.






L'exemplaire présenté et la pièce maîtresse de la pharmacie, originaire d'Espagne, il est en faience polychrome, et remonte au XVIIème siècle.  Il présente un décor d'arabesque et de feuilles, au centre de celui-ci  la mention F.SA, nous indique son contenu.

L' abréviation F.SA est d'origine latine pour "folia saponaria", feuille de saponaire, issue de la "saponia officinalis", saponaire officinale.
La saponaire officinale est une plante herbacée vivace de la famille des Caryophyllaeae. On l'appelle aussi savonnaire, savonnière, saponière, herbe à savon, herbe à foulon, savon des fossés ou savon de fosse.

Le terme latin saponaria ou plus exactement saponem, est à l'origine du mot Savon en français, du mot Soap en anglais, Sabonete en portuguais, Sabun en azéri, Saebe en danois etc....ces origines étymologiques ont suivi l'expansion de l'empire romain, que ce soit du nord au sud de l'Europe jusqu'aux portes de l'Asie Mineure.



saponaria officinalis, saponaire officinale

 

 

Propriété Médicinale :

Cette plante possède des propriétés dépuratives,diurétiques,cholérétiques et vermifuges. On l'emploie contre les rhumatismes et la goutte, contre certaines dermatoses et comme expectorant pour les affections de la cavité orale (angines, aphtes, etc.). La décoction de Saponaire appliquée sur le visage permet de lutter efficacement contre les maladies de la peau tel que l'acné. Les Romains en mettaient dans leur bain pour guérir les démangeaisons. Les léproseries l'utilisaient pour nettoyer les plaies des lépreux.
Elle a été traditionnellement utilisée comme "dépurative du sang" pour ses propriétés cholérétique, antitoxique, diurétique ou antiarthritique. 




Au XVIIème siècle :

L'usage médical à cette époque reste assez restreint,  il le fût cependant pour le traitement de la lèpre, répandue à cette époque.


 
 HST. Intérieur d'apothicaire, Gian Domenico Valentino (Rome 1639-1715) 



Au XIXème siècle :

La saponaire contient dans toutes se parties, tige, racines, feuille, un principe actif la saponine. Elle est reconnue émétiquepurgative, et sternutatoire. On la dit sudirifique, dépurative, fondante, apéritive, diurétique, désobstruante, aphrodisiaque, emménagogue.

Elle a été préconisée dans la jaunisse, le rhumatisme, la goutte, les maladies de la peau et a joui d'une certaine renommée comme antisyphilitique. Dans ce dernier cas elle était prescrite en décoction (30 à 100 grammes par litre d'eau) ou bien on donnait le suc de la plante fraîche à la dose de 100 à 200 grammes par jour.

Enfin, elle à été de tous temps employée à l'extérieur sous forme de décoction contre les engorgements ganglionnaires, les dartres et les démangeaisons. Dans certaines contrées, les feuilles fraîches servent à panser les cautères. On prescrit toutes les parties de la plante, mais plus spécialement la racine et la tige.




Autre usage :

Outre ses propriétés à usages thérapeutiques la Saponaire, du latin Sapo, nom d'un décolorant capillaire d'origine gauloise et qui donne à partir du IVè siècle, le mot savon : elle était utilisée comme tel pour nettoyer la laine du suint et pour blanchir le linge/les dentelles. En effet, frottée dans l'eau, la saponaire est moussante et laisse une sensation glissante sur la main.

Dans l'antiquité, la plante était ainsi utilisée par les Foulons. Dans son ouvrage "De la saponaire et de la saponine"Thèse de pharmacie de Paris , 1882, Loque Marius, nous  décrit ce savoir-faire durant l'antiquité.

D'après les textes antiques de Dioscoride et Galien, l'auteur nous explique le procédé et l'usage de la saponaire. La racine, ou rhizome, était employé par les foulons pour le nettoyage des laines.

"la laine tout d'abord séparée du corps de l'animal, avait besoin avant toute autre opération, d'être débarrassée des diverses ordures qui s'y trouvaient mêlées et, entre autres, de la fiente des brebis. C'étaient ordinairement les enfants du foulon qui avaient cette occupation - d'où vient que la plus grossière injure que l'on puisse jeter à la face d'un homme était de l'appeler fils de foulon.

Il fallait ensuite la débarrasser du suint. Aristote, dans son traité des couleurs, nous explique comment il faisait cette opération. On se servait de lessive, c'est à dire d'une eau qu'on faisait filtrer auparavant au travers les cendres de bois ; puis on la soumettait à l'action de l'urine ayant subit un commencement de putréfaction et on la foulait dans ce liquide, soit avec les mains, soit avec les pieds. 
C'est pour cela, dit un auteur latin, que ces ouvriers ne sont point sujet à la goutte.

L'urine de chameau était employée de préférence (cameli... urinam fullonibus utilissimam esse tradunt) mais comme elle était assez rare, des baquets placés dans les carrefours des villes étaient destinés à recueillir l'urine humaine. Quand la laine ou l'étoffe avait passé le bain d'urine, on la faisait dégorger en la lavant à grandes eaux ; on achevait ensuite de lui donner le dernier degré de propreté dans un bain où l'on faisait bouillir le saponaire ; ainsi que nous l'enseignent également Théophraste, Dioscoride et Hesechyus."
L'on apprend également que durant l'antiquité tout ce qui se rapporte au métier de foulon à une connotation péjorative, aussi bien chez les Grecs que chez les Romains. Aussi Julius Polux nous apprend que le mot
"fullon" servait à Rome pour désigner les pédérastes. De même, les eaux usées et putrides qui s'écoulaient du lavoir des fouleries servait de sobriquet à Athènes pour désigner une courtisane usée et avilie.


 Pompéi, la fullonica, Laverie de Stéphanus.


1 - Entrée et chambre de presse.
2- Laverie.
3 - Resserrage de la trame.
4 - Cardage.
5 - Salle de tonte.
6 - Toilettes.
A,B,C - Cuves de lavage.



Pour conclure sur le métier de foulon, de nombreux lieux-dit et rues portent la mention de cet ancien métier.
On en retrouve mention à Strasbourg dans le quartier dit de la Montagne-Verte, ancienne zone marécageuse, dont une des rues porte ce nom.  Vous pouvez retrouver la rue des foulons sur le plan de Strasbourg ; rue que je connais bien, y ayant vécu toute mon enfance. Cette rue porte probablement ce nom du fait de la proximité de l'Ill, rivière et plus long affluent du Rhin qui traverse toute l'Alsace. Sa présence à proximité de la rue explique peut-être, le nom donné à celle-ci où cette activité a du se développer.




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